L'eczéma atopique
Par le Dr Jacques Legroux, dermatologue, Fontenay le Comte.
Comme le rhume des foins, la conjonctivite ou l'asthme allergique, l'eczéma atopique entre dans la catégorie des maladies dites atopiques.
Qu’est ce qui m’arrive, quelle est l’explication de mes symptômes ?
Il s’agit d’une maladie cutanée qui se caractérise par sa réapparition régulière par l’apparition de poussées successives, débutant très tôt dans la vie, le plus souvent vers l’âge de sept mois.
Les démangeaisons sont constantes et accompagnent les plaques d’eczéma qui se situent dans certaines zones préférentielles : le visage, le front et les joues chez le nourrisson, les grands plis (genoux, coudes, aisselles) quand l’enfant grandit.
L’affection peut être très localisée ou toucher de grandes surfaces de peau dans certaines circonstances. Le caractère génétique de cette maladie explique pourquoi on la retrouve le plus souvent chez plusieurs membres d’une même famille.
Les poussées peuvent être rythmées par les saisons : aggravées par le froid en hiver, elle peuvent s’améliorer l’été lors des expositions au soleil, ou éventuellement être déclenchées par le contact avec des allergènes saisonniers comme les pollens, les poussières de maisons, les acariens. Les stress psychiques comptent également parmi les éléments déclenchants ou aggravants des poussées.
Est-ce une maladie courante ? Sommes-nous nombreux dans ce cas ?
L’eczéma atopique est très fréquent et peut toucher toutes les populations : en Europe du Nord, 15 à 20 % des enfants, aussi bien garçons que filles, seraient atteints par cette maladie.
Des chiffres en augmentation constante, particulièrement dans les sociétés développées, sans que l’on sache avec certitude pourquoi. Une théorie actuellement très en vogue mettrait en cause l’excès d’hygiène pour expliquer cette tendance dans nos sociétés industrielles par rapport aux pays pauvres. Cependant, l’absence d’étude exhaustive permettant de chiffrer précisément le nombre de cas dans la population rend difficile les comparaisons entre les pays.
Est-ce grave ? Quelles sont mes chances de guérison ? Dans combien de temps ?
Cette maladie évolue le plus souvent favorablement avec la croissance chez l’enfant. Dans la plupart des cas, les troubles disparaissent spontanément à la puberté.
Quelles sont les conséquences sur ma vie quotidienne ?
Le retentissement sur vos activités quotidiennes est modéré mais la maladie peut tout de même altérer votre confort de vie. Elle peut aussi être une source d’angoisse pour votre entourage.
Le rapport au stress personnel est évident, la maladie évoluant par poussées, rythmées par les tracas de la vie quotidienne. Votre vie sexuelle pourra être parfois gênée en cas d’atteinte des organes génitaux externes ou si vous ressentez vos symptômes cutanés comme une dévalorisation de votre image personnelle. Dans ce cas, une prise en charge psychothérapeutique peut vous aider à surmonter vos difficultés.
Dois-je consulter ? Qui peut m’aider ?
Votre médecin traitant ou votre pédiatre est tout à fait compétent pour soulager votre eczéma ou celui de votre enfant. En cas de difficultés, ceux-ci vous adresseront à un spécialiste de la peau (dermato-allergologue) ou à un spécialiste de l’allergie(allergologue) qui commencera par tester vos réactions à divers allergènes : matériaux, substances ou micro-organismes susceptibles de provoquer chez vous une réaction allergique, favorisant ainsi la survenue de votre eczéma. Ces examens allergologiques spécialisés serviront à préciser votre profil allergologique.
Les tests de contact consistent à étudier la réaction de votre peau aux principaux allergènes responsables en Europe de la majorité des allergies de contact. Parfois, le spécialiste a recours aux tests aux pneumallergènes également pratiqués dans l’asthme allergique et dans la rhinite spasmodique.
En fonction des résultats, vous verrez avec votre médecin s’il est possible de retirer le ou les allergènes incriminés de votre environnement. Notez que la désensibilisation - très efficace dans les manifestations respiratoires atopiques - n’a en revanche que peu d’intérêt curatif dans l’eczéma atopique.
Quelles sont les différentes options thérapeutiques ? Un traitement est-il indispensable ?
Toute une gradation de traitement est disponible pour lutter contre l’eczéma atopique. De manière générale, le respect à la lettre des prescriptions est le gage d’un bon résultat des traitements qui vous seront proposés. Une bonne hydratation de la peau est indispensable : si vous êtes vous-mêmes sujet à l’eczéma atopique, votre peau est habituellement très sèche (on parle de xérose). Il est donc indispensable d’utiliser des produits nettoyants adaptés et des crèmes dites émollientes (produits qui permettent de retenir l’eau dans la peau et d’empêcher son évaporation).
En cas d’atteinte, exposez-vous modérément au soleil. Un traitement par photothérapie pourra même parfois vous être préconisé en cas d’eczéma important. En cas de poussée franche, votre médecin vous proposera d’abord une corticothérapie locale. Ces traitements appliqués à dose suffisante et sur de courtes durées permettent de passer des caps difficiles.
Utilisés à bon escient et en suivant à la lettre les recommandations de votre médecin, ils n’engendreront pratiquement aucune complication.
Les traitements à visée immunosuppressive, qui limitent l’inflammation des cellules immunitaires, peuvent être assortis d’effets secondaires non négligeables et sont réservés à des atteintes plus importantes, sur prescription hospitalière ou spécialisée.
Quel bénéfice puis-je attendre du traitement ? Empêchera-t-il d’éventuelles rechutes ?
La bonne réponse au traitement quel qu’il soit, est rapide dans la plupart des cas. En revanche, le risque de rechute est inhérent à la maladie, qui perdure de toutes façons. Il faut donc s’habituer à prévenir ces rechutes et à répéter les traitements. Heureusement, les rechutes deviennent de moins en moins gênantes au fur et à mesure de la vie et passée la puberté, la plupart des eczémas atopiques guérissent.
Que me fera-t-on si je suis hospitalisé ? Quand pourrai-je regagner mon domicile ?
L’hospitalisation est exceptionnelle dans l’eczéma. Elle ne concerne que de rares formes invalidantes (érythrodermie). Le traitement hospitalier permet de passer le plus souvent un mauvais cap et dure en général quelques semaines.
Quelles sont les choses que je peux faire moi-même pour accélérer ma guérison ?
Avoir un mode de vie régulier, limiter le stress, avoir une pratique sportive régulière et une hygiène diététique équilibrée. S’exposer au soleil sans abus et ne pas hésiter, avec l’accord de votre médecin, à apprendre à traiter soi-même les premiers troubles en cas de rechute.
Quelles sont les informations qui doivent être connues de mon entourage ?
Il faut éviter de laisser la maladie évoluer sans la traiter car cela risque d’aggraver les troubles. Chez l’enfant, tous les vaccins peuvent être pratiqués normalement (à l’exception des vaccins vivants en cas de poussées).
Pour en savoir plus : www.weballergies.com/maladies/eczema.html
Mise à jour : janvier 2010