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La maladie de Huntington

Mieux connaître la maladie de Huntington pour bien orienter ses patients.

 
Une maladie dite à anticipation

La maladie de Huntington est une maladie autosomique dominante. La transmission est verticale. Le patient aura reçu le gène malade de l’un de ses 2 parents lui-même en général malade.

Une maladie à anticipation signifie que lorsqu’un enfant reçoit le gène muté, surtout si la transmission se fait par le père, un risque d’aggravation de la mutation est à craindre. Le début de la maladie chez l’enfant atteint est alors plus précoce. Ce phénomène explique l’apparition de la maladie dans certaine famille sans antécédent chez les parents.

L’étude du gène, appelé IT15 et situé sur le bras court du chromosome 4, sera effectuée à la recherche de la mutation caractéristique de la maladie qui est une expansion anormale (> ou égal à 36) de triplet CAG. Cette étude est réalisée dans la région des Pays de Loire par le laboratoire de génétique du CHU d’Angers. Les résultats sont disponibles en 6 à 8 semaines.

Une atteinte neurologique et cognitive

La maladie de Huntington est une maladie neuro-dégénérative d’origine génétique. L’âge de début est très variable, en général vers 40 – 50 ans. Il existe cependant des débuts plus précoces voire des formes juvéniles avant 20 ans. Des débuts beaucoup plus tardifs sont également possibles. Cette maladie a la particularité de pouvoir donner des signes neurologiques, cognitifs et psychiatriques.

  • Sur le plan neurologique

Les signes les plus classiques sont la chorée (qui a donné le nom de « chorée de Huntington »). La cho-rée se manifeste par des mouvements involontaires brusques. L’examen clinique peut également identifier :

- une dystonie,

- une bradykinésie,

- une rigidité extrapyramidale.

La coordination des mouvements fins et la marche deviennent difficiles avec l’évolution de la maladie. A un stade avancé, des chutes, une dysarthrie et des troubles de la déglutition sont fréquents.

  • Sur le plan cognitif

Les patients sont progressivement atteints de troubles :

- de l’attention,

- de la mémoire,

- des fonctions exécutives

accompagnés d’un ralentissement idéatoire et d’un grand apragmatisme constituant un tableau de dé-mence sous cortico frontale évolutive. Des troubles de l’humeur sont souvent rapportés avec un syndrome dépressif (mais le contexte familial et personnel est souvent difficile). Certains patients sont très irritables parfois agressifs pouvant aller jusqu’à des actes médico-légaux.

Evolution

Tous ces signes ne sont pas obligatoirement présents et apparaissent pour certains tardivement. Certains signes peuvent disparaître en cours d’évolution. L’aggravation de la maladie se fait progressivement sur 15 à 20 ans conduisant à la grabatisation puis au décès. Il existe des formes plus rapidement évolutives et d’autres plus lentes.

Confirmation du diagnostic

La confirmation du diagnostic de la maladie de Huntington se fait aujourd’hui par un examen de biologie moléculaire.

  • Le diagnostic chez un patient symptomatique

Un patient symptomatique sera adressé à une consultation de neurogénétique :

- l’histoire personnelle et familiale (arbre généalogique) du patient y sera reprise.

- un prélèvement sanguin sera effectué, à cette occasion, après avoir informé le patient et obtenu son consentement signé.

Les résultats seront donnés au patient dans les 2 mois et transmis au médecin traitant. Le test moléculaire de confirmation diagnostique n’est réalisé d’emblée que chez des patients symptomatiques, c’est-à-dire présentant des signes cliniques (neurologiques, cognitifs ou psychiatriques) de la maladie.

  • Le diagnostic chez les personnes pré-symptomatiques

Les personnes n’ayant aucun des signes symptoma-tiques de la maladie (ou n’ayant pas conscience de l’apparition de ces signes) seront considérées comme « pré-symptomatiques ». Une procédure de dépistage peut être proposée (dans un centre habilité) aux personnes à risque de 50%, c’est-à-dire dont un des deux parents est porteur du gène. Le protocole dure en moyenne 6 mois*.

* avec des différences selon les centres et les situations individuelles des candidats.

Démarche impliquante pour des personnes bien portantes

  • Premières rencontres pour informer le candidat au test
Le candidat au test sera vu dans un premier temps en consultation de neurologie et de génétique. Les médecins s’assurent alors que la personne demandeuse du test est bien informée sur la maladie, tant sur son mode de transmission que sur ses manifestations cliniques.
 
  • Soutien psychologique en amont et en aval des résultats du test
Le contexte et les motivations seront approfondis lors de rendez-vous ultérieurs avec des psychologues et des neuropsychologues. Il ne s’agit pas alors de «juger» les candidats «aptes» mais de mieux les entourer pendant et après cette période de test. Dans certaines situations le recourt à un psychiatre est parfois justifié.
 
  • Prélèvement sanguin
La personne sera ensuite revue en consultation de neurogénétique pour faire le point sur la démarche en cours. Si la demande de test est toujours présente, un prélèvement sanguin est alors effectué après avoir obtenu un consentement signé.
 
  • Consultation de résultats
Enfin une consultation de rendu de résultats est proposée, étant rappelé au candidat qu’il est libre à tout instant d’arrêter ce protocole présymptomatique. Un suivi est systématiquement proposé quel que soit le résultat. Il est indispensable de protéger la confidentialité de toute cette démarche. C’est pour cette raison qu’il est d’usage de ne pas rédiger de courrier médical (la personne n’est généralement pas malade).

Le diagnostic prénatal

Si l’un des parents est connu comme porteur du gène de la maladie de Huntington, un diagnostic prénatal est réalisable.
Le diagnostic préimplantatoire est possible (les succès sont encore rares) et réalisé à Strasbourg.

Une prise en charge médicale, soignante et sociale

Il n’existe pas aujourd’hui de traitement curatif de la maladie de Huntington même si des essais thérapeutiques sont en cours (greffe de neurones) ou sur le point de dé-buter (médicaments). Des traitements symptomatiques et une prise en charge fonctionnelle peuvent être d’une grande aide pour les patients et leur famille.

Les traitements symptomatiques
 
Que ce soit pour contrôler une certaine agressivité ou pour limiter les mouvements anormaux, les neuroleptiques peuvent avoir leur place.
- il faudra toutefois être prudent dans leur utilisation et ne pas hésiter à réévaluer régulièrement le bénéfice du traitement.
- les neuroleptiques « atypiques » seront choisis en priorité.
- le recourt à un traitement anxiolytique et/ou antidépresseur est assez fréquent.
 
  • Kinésithérapie, orthophonie et ergothérapie
Les médicaments, souvent décevants, peuvent être utilement complétés par une prise en charge kinésithérapeutique, orthophonique voire ergothérapique. Un soutien psychologique est souvent souhaitable.
 
  • Prise en charge sociale
Ces patients nécessitent fréquemment une prise en charge sociale particulièrement attentive notamment en cas d’isolement familial. Il n’existe pas aujourd’hui de structure de moyen ou de long séjour adaptée à ces patients ayant à la fois des troubles neurologiques, cognitifs et psychiatriques. Un suivi annuel systématique est proposé aux patients par les équipes de neurogénétique.


Sources :
Professeur Dominique BONNEAU - généticien,
Docteur Christophe VERNY - neurologue,
Coordonnateurs du centre de référence des maladies neurogénétiques CHU Angers, 2007.